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Le Chinois est un égoïste comme les autres

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Paru en 2011, Le Chinois de Henning Mankell commence comme un roman policier classique ou presque. L’ampleur du crime qui ouvre les pages du roman n’a rien d’ordinaire.

Dans un petit hameau, la police de Hudiksvall, dans le nord de la Suède, fait une effroyable découverte. Par un froid matin de janvier 2006, dix-neuf personnes ont été massacrées à l’arme blanche dans un petit village isolé.

Difficile de croire quand on lit ce petit avant goût qu’Henning Mankell va nous emmener si loin avec cette intrigue. Le lecteur ira non seulement en Chine et en Afrique, mais également plus d’un siècle en arrière sur les traces de trois frères chinois réduits à l’état d’esclavage. Il réussit pourtant cette prouesse et nous offre plus qu’un roman policier.

Un roman policier et aussi historique et géopolitique

Alors que la policière Vivi Sundberg penche pour l’acte d’un déséquilibré, la juge de Helsingborg, Birgitta Roslin, pense autrement. Elle y voit l’acte prémédité et mûrement réfléchi d’un homme sain d’esprit. Birgitta s’intéresse à l’affaire car les parents adoptifs de sa mère sont parmi les victimes.

Elle mène une enquête parallèle à partir d’un ruban de soie rouge trouvé sur les lieux du crime. A partir de ce ruban, Mankell nous emmène à travers les siècles et les continents. Ce roman policier se fait alors historique et géopolitique.

L’auteur introduit un deuxième fil narratif qui commence en 1863, soit 143 ans avant le massacre. On voit mal alors comment il va boucler la boucle et nous ramener au crime initial. Mais Le Chinois fait partie de ses livres très aboutis où tous les rouages s’emboîtent parfaitement.

La vie tragique des paysans chinois

Quand San et ses frères fuient leur condition de paysans pauvres de la Chine dynastique pour rejoindre Shangaï, ils pensent pouvoir améliorer leur situation. Enlevés par des esclavagistes dans la grande ville, vendus pour travailler presque comme des esclaves sur la construction du chemin de fer aux Etats-Unis, on a bel et bien l’impression que leur sort ne fait qu’empirer.

Et c’est autour du destin tragique de ces trois paysans chinois là et des autres en général que s’articule ce roman. Une main d’œuvre dont semble-t-il personne ne sait que faire depuis des siècles à part la soumettre et s’en servir comme une quelconque marchandise.

C’est une critique acerbe de l’utilisation des hommes par les hommes que dresse Mankell dans ce livre. Il renvoit dos à dos le capitalisme incarné par les Etats-Unis et le communisme chinois. La fiction rejoint même la réalité quand l’auteur fait le lien avec l’Afrique et particulièrement le Mozambique où il vit une partie de l’année.

Le Chinois a un déroulement déstabilisant

Alors que Birgitta peine à comprendre quels événements ont provoqué ce massacre à Hudiksvall, le lecteur a rapidement toutes les clés en main. Cela peut déstabiliser voire enlever un peu le goût de lire la deuxième moitié du roman. Mais Le Chinois est assurément plus qu’un roman.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Henning Mankell n’a pas intégré cette intrigue à sa série des aventures de Kurt Wallander. C’est ici une intrigue qui tenait certainement plus à cœur de l’auteur et pour ma part elle m’a beaucoup plu.

Alors que la Chine, cette nouvelle superpuissance en pleine expansion sur la scène mondiale, qui nie pourtant toutes les libertés individuelles comme on peut le voir en ce moment à Hong-Kong, semble devenue pour beaucoup un acteur comme les autres sur la scène mondiale. Mankell rappelle ici ce qu’elle est, sans la juger.

L’auteur démontre aussi que les hommes et les femmes sont voués à être tentés quoiqu’il arrive. Ce sera parfois par l’appât du gain et l’intérêt personnel. Ou alors ils sont tout simplement menés par des rancunes les menant sur le chemin de la vengeance. Rien de tout cela n’apporte du bien à aucun des personnages de cette histoire. Mais le pire, c’est que même vouloir faire le bien ne suffit pas à avoir un happy end.

Et ça ce n’est pas un roman, mais la réalité.

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