LBJ, le grand rôle de Woody Harrelson

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LBJ ou Lyndon Baines Johnson est un président méconnu en France. Pourtant, il a eu la lourde tâche de succéder à JFK dont il était le vice-président. Avec ce film, Rob Reiner essaie de nous montrer le rôle essentiel de Johnson après l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963.

LBJ commence avant la campagne des primaires pour les élections présidentielles de 1960. On y découvre LBJ dans son bureau de Washington DC qui se démène pour faire approuver une loi par le Congrès, malgré les oppositions internes du parti démocrate dont il fait partie et l’opposition du parti républicain du Président Eisenhower au pouvoir.

Il s’agit d’un projet de loi sur le monde agricole. A priori pas le projet de loi du siècle, et pourtant on voit Lyndon Johnson, personnifié par Woody Harrelson, se battre comme un beau diable pour le faire approuver. Cette scène introductive est essentielle à double titre.

Elle présente tout d’abord Lyndon Johnson et son pouvoir à Washington. Il est non seulement le leader du parti démocrate au Sénat, mais comme les démocrates y sont majoritaires, il est le parlementaire avec le plus d’influence. Il est le chef de la majorité, purement et simplement. Seul le Président des Etats-Unis pourrait s’opposer, par son veto, à un projet de loi qu’arriverait à faire approuver Johnson.

Lyndon Johnson savait se servir de sa carrure impressionnante.

Cette scène permet également de présenter le personnage. Lyndon Johnson n’a pas de joli minois et n’y va jamais par quatre chemins quand il a quelque-chose à dire. C’est un animal politique qui dit les choses sans détour et qui se sert non seulement de son autorité, mais également de sa carrure physique pour prendre le dessus sur ceux en face de lui. C’est ce qu’on appelait alors le « Johnson treatment ». Effrayant, agressif, il savait mettre la pression comme on peut le voir sur cette photo.

Les présentations sont donc faites. Celui qui est considéré comme le plus puissant leader d’une majorité parlementaire dans l’histoire des Etats-Unis, celui qui travaille 18 à 20 heures chaque jour pour asseoir son autorité, ne peut que parvenir à réaliser son ambition, celle de s’installer dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Pourtant, ce n’est pas ainsi que l’histoire va se dérouler et nous le savons déjà dès le début du film.

LBJ passe d’homme le plus puissant à quantité négligeable

Les primaires passent par là et la candidature de JFK fait des ravages. Lyndon Johnson est battu. Le genre de victoire dont on ne se remet jamais. Contre l’avis de tous, JFK va proposer à Johnson d’être son vice-président, une occasion pour le sénateur de continuer à exister et qui nous donne à voir un dialogue savoureux :

John F. Kennedy: Lyndon, you have more experience and more talent, more wisdom. Unfortunately, this is politics, and none of that matters.

Lyndon B. Johnson: The better man won.

John F. Kennedy: I’m not better. Better-looking, maybe.

Lyndon B. Johnson: Yeah, if I had some of those Kennedy genes…

D’homme le plus puissant, LBJ devient un faire-valoir. Son avis n’intéresse personne, surtout pas le président JFK et encore moins ses conseillers et notamment son frère Robert Kennedy. Woody Harrelson nous donne à voir un Johnson affaibli politiquement, torturé et en proie au doute. On voit le vice-président se coucher en mangeant de la glace pour avoir un peu de réconfort.

Johnson continue l’agenda de JFK

Un Lyndon Johnson qui continue cependant d’user de son influence pour préserver les intérêts de ceux qui l’ont toujours soutenu, les pontes sudistes du parti démocrate, pour qui la question des droits civils n’en est pas une.

Puis arrive le 22 novembre 1963. Kennedy est assassiné à Dallas. Johnson devient le Président des Etats-Unis. Même si ce n’est pas dit, le politicien entre immédiatement en action. Il prend soin de prêter serment à Dallas dans les heures qui suivent avec Jackie Kennedy à ses côtés. Il prête serment devant la juge Sarah Hugues qu’il soutenait pour un poste que JFK lui a refusé.

Mais succéder à Kennedy, un président devenu martyr, cela va être difficile. Et autant JFK avait parlé des droits civils, en presque 3 ans de présidence, par grand chose n’a été accomplir. C’est bien Lyndon Johnson qui va réaliser cette prouesse en faisant approuver le projet par le Congrès.

Une prouesse faite avec brio en se servant évidemment du martyr de Kennedy et surtout la volonté d’entrer dans l’histoire en étant le Président qui a fait approuver cette loi et non pas seulement celui qui a succédé à un Président assassiné. Une entrée dans l’histoire qui ne peut se faire qu’en poursuivant l’agenda de JFK.

LBJ imprime sa marque à la présidence

Woody Harrelson a dépeint au cours du film un Lyndon Johnson prêt à s’accommoder d’un entourage raciste parce que cela servait son intérêt. On voit cependant, au fil de ses rencontres avec le sénateur George Russell de l’état de Georgie, que Johnson prend conscience que des avancées sur les droits civiques sont inéluctables.

Senator Richard Russell: Voluntary integration is one thing, but don’t you think that I, as an American citizen, shouldn’t be forced to eat a hamburger next to someone in a restaurant I don’t wanna bump elbows with?

Lyndon B. Johnson: Dick, I think it is unconscionable that you, as an American citizen, should ever be forced to eat a hamburger.

L’échange ci-dessus se déroule au début de la présidence de Kennedy. On sent que Johnson est mal à l’aise avec le sujet, mais, pour préserver ses soutiens, s’en sort d’une pirouette. Devenu Président, la donne change.

Lyndon B. Johnson: [walking right up to his face] We’ve been talking about this forever, and we never say a damn thing.

Senator Richard Russell: Well-a, What? What do you wanna say? That you’re gonna turn your back on me, That you don’t care about everything I’ve done for you, That you’re willing to betray me?

Lyndon B. Johnson: That you’re a racist.

Et c’est ainsi que Lyndon Johnson rentre dans l’histoire…

REVIEW OVERVIEW
Histoire
Personnages
Mise en scène
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