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On achève bien les chevaux, d’Horace McCoy

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On achève bien les chevaux d’Horace McCoy est un roman glaçant sur les marathons de danse dans les années 1930 aux Etats-Unis. En pleine crise financière, beaucoup de jeunes gens aux Etats-Unis peinent à trouver du travail et à se nourrir. Les marathons de danse font leur apparition, des couples dansent pendant des jours, des semaines, parfois des mois avec l’assurance de plusieurs repas chaud par jours. Et un prix de 1000 dollars pour le couple gagnant. Imaginez-vous danser pendant des semaines avec seulement 10 minutes de pauses toutes les 2 heures pour se laver, dormir, se soigner, manger ! Le public est pourtant toujours nombreux pour se délecter devant la souffrance des danseurs. Un voyeurisme et une humiliation approuvé par tous !

Horace McCoy écrit son roman en 1935, deux ans avant l’interdiction (enfin !) de ces marathons. Il donne une critique virulente de cette pratique. Et à travers ce prisme, un critique des Etats-Unis de l’époque et le rêve américain.

Une danse macabre

Dans le roman d’Horace McCoy, on suit le couple danseur : Robert et Gloria.
Et on démarre On achève bien les chevaux dans un tribunal. L’auteur nous informe en quelques lignes que Robert est accusé du meurtre de Gloria. Et ce dernier déclare l’avoir tué pour son bien. Difficile à encaisser ! Le reste du roman nous plonge donc dans un flash-back de Robert sur l’intégralité du marathon auquel il participe avec Gloria. Des morceaux de la sentence annoncée par le juge entrecoupent les chapitre. Le lecteur est donc plongé dans l’esprit de Robert pendant qu’il entend son jugement.

C’est donc une lecture très addictive parce qu’on veut savoir comment Robert et Gloria ont pu en arriver à cette tragédie. Robert est un personnage profondément passif face à Gloria. Il évoque les faits avec peu d’émotion, même la douleur ne semble pas le toucher. Ce sont les sensations extérieurs qu’il retranscrit le plus : le bruit de l’océan qu’il finit par détester, le bruit de la radio en journée, le manque de la chaleur du soleil.

Gloria est un personnage à travers lequel Horace McCoy fait passer des messages très controversés pour l’époque : l’avortement, la liberté de la femme à disposer de son corps. Elle est beaucoup plus lucide que son partenaire sur la cruauté du concours, des organisateurs et des spectateurs. Elle est profondément cynique et dérangeante. Dès sa rencontre avec Robert elle évoque sa volonté de mourir et elle le répète ensuite à de nombreuses reprises pendant la compétition.

Horace McCoy évoque donc ce pan de son histoire contemporaine avec beaucoup de réalisme et de désespoir. On ne ressort pas indemne de cette lecture.