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La Séquestrée de Charlotte Perkins Gilman

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J’ai reçu La Séquestrée de Charlotte Perkins Gilman lors d’un swap de Noël organisé sur le groupe de lecture Picabo River Book Club. C’est un roman qui m’intriguait énormément depuis plusieurs années et je suis très surprise par cette lecture. Je ne m’attendais pas du tout à ce style.

Résumé :

« Il y a un détail frappant concernant ce papier peint que je suis seule, semble-t-il, à discerner : il change avec la lumière. Quand le soleil se lève et transperce les vitres (je guette toujours le premier rayon qui pénètre, long et droit) le papier change avec une telle rapidité que j’en suis ahurie. C’est pourquoi je ne cesse de le guetter. Dans l’état lunaire – quand elle est haute, la lune éclaire la pièce entière toute la nuit -, le papier devient méconnaissable. La nuit, peu importe l’éclairage, à la lumière du crépuscule, des bougies, de la lampe, et surtout de la lune, on croit voir surgir des barreaux. »

L’ambiance générale oppresse le lecteur qui se met dans la peau de la narratrice

La nouvelle de Charlotte Perkins Gilman la condition de beaucoup de femmes de la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis. Une société patriarcale qui empêche les femmes d’avoir une vie intellectuelle en dehors de la sphère familiale.
Un mari médecin impose donc à sa femme de rester enfermée dans cette chambre au papier peint jaune suite à une dépression post-partum. Impossible pour elle de sortir, de lire, d’écrire, de parler à des personnes extérieures.  Elle se cache pour écrire ces quelques phrases livrées aux lecteurs, son journal intime. Le lecteur sent la folie gagner la narratrice petit à petit, devenant une folie suicidaire.

J’ai particulièrement aimé lire la postface de Diane de Margerie, la traductrice du roman. Elle permet de faire toute la lumière sur le contexte de cette nouvelle. Mais aussi de mieux comprendre les nombreux symboles laissés par l’auteure et l’aspect autobiographique de cette nouvelle. Charlotte Perkins Gilman ne décrit pas seulement la sombre descente de cette femme vers la folie mais une condition d’emprisonnement forcée des femmes sous le couvert d’un diagnostic médical.

C’est donc paradoxalement un magnifique hymne à la liberté. Charlotte Perkins Gilman s’ancre dans cette modernité féministe comme Edith Wharton, souvent citée dans la postface. Les femmes souhaitent de plus en plus d’indépendance à la fin du XIXème siècle. Une indépendance condamnée par la société patriarcale. En voulant brider à tout prix les femmes dans un rôle d’épouse et de mère.

Je pense qu’on ne peut rester insensible à ce texte percutant qui évoque une vérité criante aux femmes de toutes les époques, malheureusement.

La Séquestrée de Charlotte Perkins Gilman
aux éditions Phébus (Libretto)
traduit par Diane de Margerie
89 pages