Citation du dimanche : Je suis une Légende

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Ma thèse tient en quelques mots : les vampires sont victimes d’un préjugé. Or, la source des préjugés raciaux  réside dans le postulat que la peur engendre la haine. (…) Tout ce qu’il fait, c’est boire du sang. Pourquoi dès lors, ce préjugé injuste et absurde à son égard ? Pourquoi le vampire ne peut-il vivre là où il en a envie ? Pourquoi l’obliger à se terrer ? Pourquoi chercher à le détruire ? Vous avez fait de ce pauvre innocent un animal traqué, sans moyen de subsistance ni possibilité d’instruction. Il n’a même pas le droit de vote. Pas étonnant qu’il doive mener l’existence d’un prédateur nocturne.

Je suis une Légende est sans doute le roman le plus connu de Richard Matheson. Robert Neville, le dernier humain à fouler le sol de la Terre, est désespérément seul. Seul et donc au bord de la folie. Un soir de beuverie, l’alcool aidant, il essaie de rationaliser sa situation et son raisonnement nous donne cette citation.

je-suis-une-legendeCe qui pourrait paraître comme le postulat principal du livre de Matheson écrit dans l’Amérique des années 50 n’est en fait qu’anecdotique. Mais cela donne à mesurer combien il y a de niveaux de lectures différents dans cette nouvelle qui est aujourd’hui encore l’un des romans les plus connus. Il a d’ailleurs même reçu en 2012 l’award de la meilleure nouvelle sur des vampires du siècle de la part de l’Horror writers association.

Je suis une Légende est un roman sur la solitude

Mais le plus fascinant est évidemment la vie de Robert Neville, le dernier humain, peuplant une ancienne mégalopole. Un Robinson Crusoé des temps modernes, seul non pas parce qu’il est sur une île déserte, mais parce qu’il est le dernier de son espèce.

Le sentiment de solitude est bien plus fort ici car l’action se déroule justement dans une ville. Sur son île sauvage est coupé de tout ce qui fait son humanité. Robert Neville au contraire voit tout autour de lui ce qu’était sa vie auparavant. Il peut écouter de la musique, lire des livres. Il peut conduire sa voiture en ville. Mais sans contrainte extérieure, sans limites, est-il encore lui-même humain ?

Si ce sont des vampires qui sont mis en scène face à Nevile, Je suis une Légende ne se réduit pas à une lutte entre ce qui serait le bien et le mal. Non, c’est un combat entre le passé et le futur. Entre une espèce en voie de disparition et une nouvelle. Comme si les dinosaures croisaient l’homo sapiens. La fin, on l’imagine aisément et elle est inéluctable. L’évolution ne peut être arrêtée. L’homme n’a plus sa place dans ce nouveau monde.

Mais si l’on remet ce raisonnement en perspective avec la citation de Robert Neville épris d’alcool en début de roman, cela fait froid dans le dos. Matheson nous dresse en effet le portrait d’un monde où une coexistence pacifique entre races ne pourrait exister…

Plusieurs films inspirés du livre

Je suis une Légende est si marquant qu’il a évidemment inspiré plusieurs films. Je dis bien inspiré car si Matheson a été parfois crédité au générique. L’oeuvre originale n’a jamais été complètement respectée. Il y a The Last man on Earth de 1964 avec Vincent Price. Il y a The Omega Man de 1971 avec Charlton Heston. Enfin il y a Je suis une Légende avec Will Smith en 2007 et Je suis Omega avec Mark Dacascos, là encore en 2007.

Personnellement mon préféré reste The Omega Man de 1971. Bien que sous évalué, il s’agit certainement d’une des meilleurs prestations de Charlton Heston au cinéma. Il faut dire qu’avec son charisme et presqu’entièrement seul à l’écran pendant la première demi heure du film, il est captivant. Surtout il incarne parfaitement cette solitude créée par Matheson.

L’intrigue est légèrement différente, l’aspect vampire est moins développé que l’aspect secte des créatures lui faisant face. Mais le long-métrage est au final très équilibré et s’inscrit dans la longue veine des films d’anticipation des années 70 à voir absolument.

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