Citation du Dimanche : Drame en trois actes d’Agatha Christie

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Je suis parfaitement capable de parler un anglais sans faute, mais, voyez-vous, mon accent est un inappréciable avantage. Les Anglais me regardent de haut. Peuh ! Qu’est ce que c’est que cet étranger qui ne sait même pas parler correctement notre langue ? Mais la vérité, c’est que je ne veux pas que les gens se méfient. Je préfère qu’ils se moquent de moi. Et j’en rajoute, je me vante… Et ils ne sont pas sur leurs gardes. Et puis c’est devenu une bonne vieille habitude.

Vous commencez à le savoir maintenant, je suis un fan d’Hercule Poirot. Agatha Christie a su rendre ce personnage parfois si désagréable proprement fascinant. Il faut dire qu’Hercule Poirot a toujours le chic pour lancer des affirmations qui, venant de n’importe qui, passeraient pour le comble de la précaution. Mais pas avec lui. Ainsi nous lance-t-il cette réplique ci-dessus dans Drame en trois actes, qui nous donne encart un aperçu de qui est Hercule Poirot.

Drame en trois actes
La couverture de Drame en trois actes.

Un détective qui sait se ridiculiser

Hercule Poirot est intelligent, très intelligent. Et il le sait bien. Et chaque fois qu’il peut le clamer haut et fort, il en profite. C’est encore le cas cette fois, mais cette fois il tourne un de ses défauts en qualité. Il parle mal anglais, soit, mais il le fait exprès. En enquêteur attentif, il sait que le meilleur moyen d’obtenir des informations intéressantes est de faire parler les gens. Plus encore, ce qu’il faut c’est les laisser parler. Il faut qu’ils se sentent à l’aise, en sécurité. Pour cela rien de tel que d’avoir en fasse de soi un personnage insignifiant, qui semble avoir des difficultés à s’exprimer correctement.

Bien sûr, Poirot n’avouera jamais qu’il a du mal à parler anglais. Aussi transforme-t-il cette difficulté en stratégie qu’il aurait mis au point. Pourtant, lorsqu’on lit à quel point Agatha Christie souligne combien son apparence est ridicule, on sait bien qu’il n’a pas besoin de cela. Mais Poirot ne recule jamais devant rien. Et s’il continue de parler mal la langue de Shakespeare à longueur de temps, et bien c’est que c’est devenu une bonne vieille habitude. N’est-ce pas là l’excuse la plus ridicule qu’on puisse trouver. C’est bien du Hercule Poirot tout craché.

Et c’est sans doute cela qui rend le personnage si attachant. Il est vaniteux, il le sait, et il sait que tout le monde autour de lui le sait. Mais il continue à jouer son rôle dans ce Drame en trois actes comme dans tous les autres romans d’Agatha Christie sans se démonter. Peu importe combien il est ridicule, Poirot ne compte qu’aux yeux de Poirot lui-même, et ce qui compte le plus à ses yeux c’est la vérité.

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