La Cité du Futur de Robert Charles Wilson

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Paru le 18 mai dernier chez Denoel, La Cité du Futur est un roman de science fiction que j’ai avalé en quelques jours au début de l’été.

L’histoire concoctée par Robert Charles Wilson se déroule au XIXe siècle. Au milieu des plaines de l’Illinois se dressent deux immenses tours jumelles. Appelée Futurity, cette cité reçoit des visiteurs venus du futur. Ceux-ci viennent découvrir le XIXe siècle comme ont vient visiter un parc d’attraction.

La Cité du Futur est donc un portail entre deux mondes. Mais c’est un portail à sens unique que seuls les visiteurs du futur peuvent franchir. Les habitants du XIXe siècles peuvent simplement visiter la tour n°1 de Futurity où ils ont un aperçu des progrès techniques à venir.

La Cité du Futur transforme le passé en attraction

Mais le portail entre ces deux mondes n’est ouvert que pour 5 ans. Après 1877, il sera fermé et les hommes du futur ne mettront plus les pieds dans l’Illinois du XIXe. Mais, en venant dans le passé et en le quittant ensuite, les visiteurs du futur ne viennent-ils pas perturber le passé sans se soucier des conséquences éventuelles ?

C’est tout l’enjeu de La Cité du Futur qui pourrait tout aussi bien parler de la colonisation ou de la conquête spatiale vers des mondes habités. Un premier avertissement se produit lorsque le président des Etats-Unis Ulysse Grant vient visiter Futurity.

L’ancien général nordiste lors de la guerre civile est victime d’une tentative de meurtre lors de sa visite. C’est Jesse Cullum, un américain du XIXe siècle, engagé dans le service de sécurité de Futurity, qui lui sauve la vie. Seul problème, l’arme utilisée pour cette tentative de meurtre vient du futur. Or, les importations sont censées être strictement contrôlées.

Cela vaut à Jesse Cullum d’être promu au sein de Futurity. Cela lui vaut aussi de rencontrer le président Grant qui lui confie ses craintes sur la présence de Futurity dans ce monde. Alors que les responsables de Futurity vont lui confier une tâche des plus ardues, Jesse va se rendre compte que les craintes de Grant sont fondées.

Robert Charles Wilson nous entraîne dans les pas de Jesse Cullum dans ce monde du XIXe siècle. La reconstitution est saisissante. Dans des USA où les compagnies de chemin de fer sont puissantes, puisqu’elles sont le moyen de communication le plus rapide, on découvre un pays où la loi dépend souvent de la force.

Les honnêtes gens y sont à la merci des gangsters et hors la loi. La misère y est très présente même si le rêve de la réussite y est toujours présent. Un pays d’opportunité, mais un pays où les risques sont très importants.

Peut-on imposer le progrès à marche forcée ?

La Cité du Futur est aussi l’occasion de rappeler que ce pays encore en construction est aussi le lieu de grandes inégalités. Il y a bien sûr les inégalités raciales. Les populations noire ou asiatiques n’ont pas les mêmes chances que les descendants de colons européens. Et l’autre grande inégalité, c’est celle entre les femmes et les hommes, sur laquelle appuie particulièrement l’auteur.

C’est sur ces inégalités que le ressort de La Cité du Futur fonctionne. De nombreuses personnes venus du futur veulent changer ce monde. Ce sont évidemment de bonnes intentions, mais est-ce bien là ce que les Etats-Unis du XIXe siècle ont besoin.

Pour ces américains du passé, l’égalité hommes-femme, la possibilité de mariage entre blancs et noirs sont proprement inconcevables. Ces visiteurs du futur veulent imposer le progrès à marche forcée.

Mais c’est aussi déstabilisant pour un pays encore en gestation. Toutes ces idées humanistes du futur divisent le pays. Tout juste sortis d’une guerre civile, les Etats-Unis ne font-ils pas immédiatement y replonger ?

L’analogie avec la colonisation, effectuée au XIXe siècle avec la volonté de « civiliser » les populations moins évoluées alors est passionnante. On peut aussi penser aujourd’hui à l’ingérence dans la politique de certains pays où l’on veut imposer la démocratie en renversant des régimes tyranniques. Le remède est souvent pire que le mal. Il suffit de voir ce qui se passe en Lybie aujourd’hui.

Autant de réflexions amenées dans un roman d’aventure très bien mené. L’action et les rebondissements s’enchaînent à un rythme soutenu avec des personnages bien développés.

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